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Excellence, Monsieur le Président de la République ;
Madame, l’Epouse de Chef de l’Etat ;
Chers Membres de la Famille éprouvée,
Ce samedi 16 janvier 2010, à 12 heures et 05 minutes, c’est avec stupeur que nous apprenions que Monsieur Charles Maurice SIANARD, ancien Ministre et ancien membre du Conseil Constitutionnel, nous avait brutalement quitté, à l’issue d’une courte maladie.
Une foi de plus, la Mort, cette voleuse d’âme, a encore frappé. La mort, qui est ce dernier acte toujours tragique des vies les plus accomplies, vient de nouveau de remplir son terrible office.
Réunis ce jour devant la dépouille mortelle du Ministre Charles Maurice SIANARD, nous devons, au-delà du système de la vie, cette fleur si fragile, nous interroger sur la nécessité, devant cette terrible puissance de la mort, de détourner la pensée de la terre et la reporter vers le ciel.
Car la terre et le ciel sont les symboles de notre vanité présente et de notre glorieux avenir, dans ce que les croyants appellent la Maison du Père.
C’est dans la justification de la vie par la mort, et dans la certitude du rapprochement du divin, que nous puisons la conviction que les vertus de l’illustre disparu recevront un autre salaire que le seul souvenir des hommes, cette gloire éphémère que les Anciens proposaient comme la rémunération suprême d’une vie bien remplie.
Alors que le Ministre SIANARD s’engage sur l’ultime chemin, celui du jugement dernier, nous sommes là, humblement mais fermement, réunis pour rendre le jugement des hommes.
Personnalité attachante par la force de conviction qu’il manifestait, par sa simplicité quotidienne et par sa sincérité permanente, le Ministre SIANARD avait mis très tôt ces qualités u service de son engagement dans la vie de la Cité.
Charles Maurice SIANARD est né le 12 novembre 1927, à BOKO-SONGHO, dans l’actuel département de la BOUENZA. Fils des feus SIANARD Charles Joseph et TSIMBA Véronique, le jeune Charles Maurice accompagne ses parents, affectés au TCHAD.
Il y débute ses études. Ecole primaire à MOUNDOU et FORT ARCHAMBAULT ; études secondaires au collège moderne de BONGOR.
EN 1947, le jeune Charles Maurice quitte le Tchad pour entrer à l’Ecole des Cades Supérieurs de Brazzaville. A l’issue de ses études, il intègre la Fonction Publique coloniale, en qualité de rédacteur des services administratifs et financiers.
Entre 1951 et 1960, il occupe, entre autres, les fonctions de Chef du Bureau des Finances à BANGUI (OUBANGUI-CHARI) ; puis celles de Directeur des Affaires Politiques auprès du Gouverneur, Chef de Territoire de l’OUBANGUI CHARI ; enfin, il occupe les fonctions de Directeur de Cabinet du Ministre des Affaires Economiques, lors de l’accession, en 1958, de son pays natal le CONGO, à l’autonomie interne.
Cependant, mû par sa soif d’apprendre et de s’élever par son seul mérite, Charles Maurice SIANARD ne se contente pas du ronronnement rassurant de ces fonctions, qui en font pourtant déjà un grand administrateur ; il décide de reprendre ses études, et intègre l’Institut des Hautes Etudes d’Outre Mer à PARIS, en 1961 à 1965.
Revenu au pays, il est nomme en 1968 Directeur Général de l’Administration du Territoire, poste important de l’Administration congolaise alors en construction.
Parallèlement à ce brillant parcours administratif, Charles Maurice SIANARD s’est très tôt engagé dans une vie politique intense. Résident en OUNBAGUI CHARI, actuel RCA au début des années 50, il y milité activement dans les rands de l’association des Jeunes Cadres Africains de l’Afrique Equatoriale Française, proche de Barthélémy BOGANDA. Cette organisation prône une meilleure considération et une utilisation rationnelle des cadres autochtones, à côté ou en lieu et place des cadres issus de la métropole.
Rentré au pays, il adhère au Mouvement Socialiste Africain (M.S.A.) de Jacques OPANGAULT, dont il devient rapidement un cadre actif. Promu au Gouvernement, au poste de Ministre de l’Economie des Finances et du Commerce en 1969, il entame un parcours ministériel qui le conduira à exercer les fonctions de Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines (1970) ; près un bref intermède comme Directeur Général de SIA CONGO, il est Ministre de l’Intérieur (1973), fonction qu’il cumulera bientôt avec le portefeuille des Postes et Télécommunications.
Collaborateur apprécié du Président Marien NGOUABI, il occupera diverses fonctions sous son autorité.
En 1979, à l’avènement du Président Denis SASSOU NGUESSO, il adhère au Parti Congolais du Travail (P.C.T.), Parti dont il restera un membre fidèle jusqu’à sa dernière heure, et au sein duquel il occupera la même année les fonctions de Conseiller Economique auprès du Département du Plan et de l’Economie du Bureau Politique. Ayant fait valoir ses droits à la retraite administrative en 1982, le Ministre SIANARD n’en reste pas moins désireux de continuer à mettre sa grande expérience au service de son pays. Ainsi, en 1987, il est nommé à sa dernière grande fonction publique, à savoir membre du Conseil Constitutionnel.
Charles Maurice SIANARD, qui nous a quittés ce 16 janvier 2010, à l’orée de ses 83 ans, laisse une veuve, sept enfants et plusieurs petits-enfants.
Que dire du parcours de ce grand commis de l’Etat, si exemplaire et si représentatif de ces hauts cadres de notre pays qui ont conduit la lente marche vers l’indépendance, puis vers un émancipation de plus en plus affirmée, si ce n’est qu’il aura bien mérité de la patrie.
Cicéron, le célèbre orateur romain, s’était exclamé, je cite : « rappelez dans votre Eloge, la noble naissance de votre héros, sa beauté ; sa force, ses richesses ; si de tels avantages sont par eux-mêmes peu dignes de louanges, c’est un mérite d’en avoir bien usé ; vantez ses vertus, et celles qui furent surtout utiles à lui-même, et celles qui tournèrent au profit des autres hommes, les unes parce qu’elles produisent l’admiration, les autres parce qu’elles excitent la reconnaissance ; célébrez surtout les belles actions accomplies par le courage sans espoir de récompense ; louez même le bonheur comme un don des immortels », fin de citation.
Monsieur le Ministre SIANARD, au-delà de l’immense tristesse causée par la perte irréparable, pour ceux qui vous ont aimé, admiré et côtoyé, nous célébrons également la certitude que vous avez rejoint le Panthéon de ces grands Congolais, qui se sont mis au service d’une idée supérieure : servir l’Etat, servir le peuple congolais.
Les grands Congolais ne meurent pas. Ils rejoignent ce firmament dans lequel, comme l’écrivait Epicure, « si la mort est là, je ne suis plus. Si je suis, elle n’est pas là ».
La mort n’est pas un anéantissement. La mort est une nécessité de la vie. Elle est dans la vie elle-même. Elle doit être vécue comme le point de départ d’une transformation, la transformation ultime.
Notre espérance doit venir du fait que ce qui a été perdu, doit se retrouver. La mort, aussi cruelle soit elle vue par nos yeux humain aux faibles lumières, est liée à la renaissance.
«Vivre, c’est naître sans cesse. La mort n’est qu’une ultime naissance», écrivait Marcel Jouhandeau.
Ainsi, nous nous lamenterions, et gémirions, parce que tout serait fini ?
Non non et non !
Devant cette chapelle ardente, nous souhaitons que les batteries d deuil deviennent des batteries d’allégresse.
A l’unisson de la poétesse, nous pouvons affirmer que «les larmes sont parfois une réponse inappropriée à la mort. Quand une vie a été vécue vraiment honnêtement, vraiment avec succès, ou simplement vraiment, la meilleure réponse à la ponctuation finale de la mort est un sourire».
Ministre Charles Maurice SINARD, vous pouvez partir en paix, après une vie si riche et si accomplie. Que l’Eternité emplisse votre repos de sérénité.
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